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Les préverbes et la préverbation en allemand au IXe siècle
Yvon Desportes
Publié le 28 avril 2026 – Mis à jour le 30 avril 2026
Texte remanié d’une thèse d'état soutenue à l'université Paris IV Sorbonne en 1986.
- Préface
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On sait depuis les débuts de l’étude comparative des langues indoeuropéennes que les préverbes et autres particules verbales sont issus de lexèmes, et notamment de formes nominales, conformément à l’une des constantes bien connues de l’évolution linguistique : la grammaticalisation. L’évolution part de formes nominales fléchies sur le modèle de la flexion vivante, ou sur un modèle antérieur, et, dans les états plus récents, de syntagmes prépositionnels qui, autonomes à l’origine, entrent dans la dépendance paradigmatique du verbe (c’est le statut des particules séparables de l’allemand et de certaines particules verbales de l’anglais) puis éventuellement dans sa dépendance syntagmatique pour devenir des particules inséparables, antéposées en allemand, postposées en anglais. Le terme ultime de l’évolution est la fusion dans le lexème verbal (all. b-leiben, g-lauben) ou la disparition complète de la particule, générale en nord-germanique, par chute phonétique ou dépréverbation. Parallèlement, le contenu sémantique originel se vide, comme il apparaît dans les langues slaves en raison de la généralisation de la catégorie de l’aspect. Tout cela est bien connu, et ne semble pas devoir être remis en question. Mais s’ensuit-il que le rapport originel de la particule verbale au verbe, qui est incontestablement celui d’un déterminant nominal à son déterminé verbal (indo-européen *peri-es- « être à la limite », « être autour », bâti comme *diw-i es- « être au ciel ») se maintienne indéfiniment au cours de l’évolution ? On l’admet généralement, et le plus souvent de façon implicite, comme une évidence. C’est l’un des mérites de l’étude qu’Yvon Desportes a consacrée à la préverbation allemande au IXe siècle d’avoir opéré en la matière un renversement copernicien. Il montre que la particule verbale a attiré à elle l’essentiel du contenu, au point d’accéder au statut de déterminé dans la construction, tandis que la forme verbale fléchie tombe au rang de déterminant. Le phénomène est ancien : dès la période commune de l’indo-européen, le membre verbal de la construction *enter-dheHi- signifiant « interposer », « exclure physiquement » a été remplacé par un verbe dire, et cette commutation a donné naissance aux verbes interdire (au sens d’« exclure par la parole », puis de « prohiber ») du latin et de l’avestique. Peu représentée à date ancienne, cette tendance est plus ou moins accentuée selon les langues, et selon les époques. Elle l’est particulièrement en allemand médiéval, où l’on voit se constituer des modèles de préverbation dont le membre constitutif (le déterminé) est le préverbe, auquel est liée une rection casuelle, et le membre accessoire (le déterminant) est un lexème verbal. De là provient aussi, pour les verbes à particule séparable, la possibilité de réduire la construction au préverbe die Tür ist auf, zu. Il est vrai que la réduction inverse existe : c’est celle qui aboutit, dans les langues slaves en particulier, mais aussi ailleurs, à la dépréverbation. De tels transferts de contenu sont bien connus dans le lexique : le verbe français pondre a intégré le contenu de l’un de ses compléments directs, oeuf(s), à son sens initial de « déposer » ; il faut en tenir compte dans l’étude de la préverbation. Pour comprendre le simple, on doit parfois partir du complexe : l’atomisation peut se révéler stérile, là où elle conduit à des filières sémantiques forcées, ou à la multiplication arbitraire du nombre des unités. Certes, les résultats de ces transferts et de ces combinaisons de sens sont multiples, complexes, déroutants ; c’est ce qui a découragé les chercheurs qui, désespérant d’en rendre compte dans leur totalité, ont préféré s’en tenir à une étude formelle. C’est encore un mérite de l’auteur que d’avoir tenté une étude sémantico-référentielle en parallèle à l’étude morpho-syntaxique. La tentative n’a rien de désespéré, même pour les états reconstruits : si, par exemple, l’indo-européen *peries- signifie à la fois « être à la limite », sens résultant de sa formation, et « être autour », ce ne peut être qu’à partir de limites circulaires. Encore faut-il fonder les hypothèses sur des bases théoriques saines et consistantes. À cet égard, la conception « localiste », reprise de Philippe Marcq, qui l’a illustrée dans le domaine allemand, était assurément la meilleure, car la seule conforme au sens de l’évolution linguistique. L’expression des relations abstraites et grammaticales sort invariablement de celle des relations concrètes, spatiales, parfois par un intermédiaire temporel. Contribution majeure à l’intelligence du système de la préverbation en allemand ancien, dont il fournit une description exhaustive, ce travail devrait être le point de départ et le modèle d’études similaires consacrées aux périodes ultérieures de l’allemand, et aux autres langues germaniques.
Jean Haudry - Table générale des matières
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TOME I
INTRODUCTION
— p. 1LIVRE I : LES PRÉVERBES ET LA PRÉVERBATION, ASPECTS THÉORIQUES ET MÉTHODOLOGIQUES
— p. 13- Table des matières du livre I — p. 14
- Aspects théoriques et méthodologiques — p. 31
- Index général du livre I — p. 301
TOME II
LIVRE II : ÉTUDE DES CORPUS
— p. 347Étude des préverbes et de la préverbation dans la Benediktinerregel
— p. 349- Table des matières de l’étude des préverbes et de la préverbation dans la Benediktinerregel — p. 351
- [L’étude] — p. 353
- Index à l’étude des préverbes et de la préverbation dans la Benediktinerregel — p. 739
- Index des préverbes et des prépositions — p. 739
- Index des classes de désignation — p. 742
- Index des verbes attestés dans la Benediktinerregel — p. 752
- Index des notions — p. 762
- Index des noms propres — p. 786
Étude des préverbes et de la préverbation dans le Althochdeutscher Isidor
— p. 789- Table des matières de l’étude des préverbes et de la préverbation dans le Althochdeutscher Isidor — p. 790
- [L’étude] — p. 791
- Index analytique à l’étude des préverbes et de la préverbation dans le Althochdeutscher Isidor — p. 970
- Index des préverbes — p. 970
- Index des préverbés — p. 970
- Index des classes de désignations attestées — p. 974
- Index des notions — p. 977
- Index des noms propres cités — p. 979
- Index des textes cités — p. 979
TOME III
LIVRE II (suite)
Étude des préverbes et de la préverbation dans Otfrids Evangelienbuch
— p. 987- Table des matières de l’étude des préverbes et de la préverbation dans Otfrids Evangelienbuch — p. 989
- Étude du corpus d’Otfrid : Otfrids Evangelienbuch — p. 994
TOME IV
LIVRE II (suite)
Conclusion Générale à l’étude des préverbes et de la préverbation en allemand au IXe siècle
— p. 1753- Le lien avec les travaux de Ph. Marcq sur le Tatian — p. 1753
- Bilan sur la préverbation au IXe siècle — p. 1769
- Les signifiés — p. 1769
- Isidore — p. 1769
- Benediktinerregel — p. 1772
- Tatian — p. 1776
- Otfrid — p. 1781
- Synthèse — p. 1787
- Les effets de désignation — p. 1803
- Les signifiés — p. 1769
- Application à la diachronie — p. 1808
- Index à l’étude d’Otfrid et à la Conclusion Générale — p. 1816
- Préverbes et prépositions — p. 1816
- Racines i.-e. citées — p. 1822
- Index des notions — p. 1826
- Index des effets de désignation et classes de désignation — p. 1849
- Index des simples et des préverbés chez Otfrid — p. 1861
- Index des noms cités — p. 1887
- Index des textes cités — p. 1888
Annexes à la conclusion générale sur les préverbes et la préverbation en allemand au IXe siècle
— p. 1889- Annexe 1 : tableau comparatif des classes de désignation avec indication des préverbés — p. 1889
- Annexe 2 : les préverbes v. h. a. par période de cinquante ans — p. 1942
- Annexe 3 :
- tableau des classes de désignation avec indication des préverbes seulement — p. 1947
- tableau des désignés et classes de désignation classés par leur désignation en français — p. 1959
BIBLIOGRAPHIE
— p. 1969
Référence
Yvon Desportes / Les préverbes et la préverbation en allemand au IXe siècle / Lyon : Université Lyon III Jean Moulin, 1998 (Centre d’études linguistiques Jacques Goudet. Série « germanique ancien ») / ISBN 2-908794-12-8 / 4 volumes (2022 pages)Mise à jour : 30 avril 2026
