99001113 - Séminaire transversal - Interroger l'archive, théories et pratiques

Crédits ECTS 3
Volume horaire total 20
Volume horaire CM 20

Responsables

Contenu

Lors de l’épilogue des Aventuriers de l’Arche perdue de Steven Spielberg (1981), le professeur Henry Walton Jones, dit Indiana Jones, est terrassé d’apprendre que la précieuse Arche d’alliance, contenant les Tables de la Loi, a été rendue inaccessible aux chercheurs. Enfermée dans une caisse étiquetée « Top secret », elle est de fait stockée dans un immense hangar au milieu de milliers d’autres – conservée, ou perdue.

Si au premier contact l’archive a de quoi décontenancer ou intimider, a fortiori le jeune chercheur issu de disciplines autres que l’histoire, une plongée dans les Archives résonne comme une promesse non seulement de labeur mais de trouvailles et d’exaltation. Or qu’elle évoque l’aventure ou l’aridité, l’archive peut offrir, par-delà les images attendues, un voyage dans le temps qui est aussi voyage dans notre temps. Car l’enquête que stimule l’archive, au croisement d’autres sources de première main et des interprétations qui nous ont précédés, est de nature indiciaire et prend des résonances nouvelles au gré des regards et des propos qu’elle nourrit.

Tout document d’archives – ordonnance royale, devis d’artisan, manuscrit de roman, maquette de costume, règlement interne d’association, contrat d’engagement, correspondance d’amis intimes – relève d’une pratique spécifique, avec ses objectifs et ses contraintes. Chacun est filtré par les règles d’un exercice d’énonciation relevant d’un contexte précis. Ce sont ces règles qu’il revient au chercheur de définir. Mais s’il nous suffit de transcrire un document pour l’orienter déjà, l’objet même de notre observation a déjà modifié notre regard. C’est souvent en quête d’une réalité perdue que nous nous confrontons à un document d’archive ; mais les discours que l’archive suscite peuvent en dire autant, sinon plus, sur les regards qui se portent sur elle que sur les pratiques dont elle est la trace – sur notre présent plus encore, peut-être, que sur nos passés. C’est ce dont témoigne aujourd’hui le travail de nombre de chercheurs, mais aussi d’artistes.

Qu’est-ce qui fait archive, et qu’en fait-on ? Comment recueillir et conserver les traces du passé, au gré d’opérations de sélection et partant d’oubli ? Comment faire parler des sources souvent lacunaires, les exploiter scientifiquement ou artistiquement ? Ce cours propose une introduction théorique et pratique aux multiples questions que pose et repose l’archive, à l’heure où s’entreprennent à l’échelle mondiale de gigantesques collectes de traces, souvent plus virtuelles que matérielles.

Il s’agira pour cela d’accorder une attention privilégiée aux concepts de mémoire, d’objectivité ou encore de transferts culturels, dans leurs arborescences et archéologies. Nous serons ce faisant à l’écoute d’archivistes, de chercheurs et d’artistes, et partirons à la découverte d’institutions et de lieux d’archives. Adossant notre réflexion à des matériaux variés (textes théoriques, œuvres ou articles de presse), nous aborderons à chaque séance un exemple précis, articulé à une pratique spécifique (transposition et réécriture ; traduction et adaptation ; mémoire et post-mémoire ; restitution et reenactment...).

Nous tâcherons ainsi de comprendre comment peut se déployer l’étude d’un passé en mouvement, soucieuse des pratiques de circulation, d’appropriation et de réactivation des patrimoines à travers le temps, l’espace et les disciplines.

Bibliographie

Bibliographie sélective :
  • AMIEL, Vincent et FARCY, Gérard-Denis (dir.), Mémoire et éveil, archives en création, Montpellier, L’Entretemps, 2006.
  • BARBÉRIS, Isabelle (dir.), L’archive dans les arts vivants, Rennes, PUR, 2015.
  • DASTON, Lorraine, et GALISON, Peter, Objectivité [2007], trad. Sophie Renaut et Hélène Quiniou, préface de Bruno Latour, Dijon, Les Presses du réel, 2012.
  • DERRIDA, Jacques, Mal d’archives [1995], Paris, Galilée, 2008.
  • DIDI-HUBERMAN, Images malgré tout, Paris, Minuit, 2003.
  • ESPAGNE, Michel, Les transferts culturels franco-allemands, Paris, PUF, 1999.
  • FOUCAULT, Michel, L’archéologie du savoir, Paris, Gallimard, 1969.
  • GINZBURG, Carlo, Le fromage et les vers : l’univers d’un meunier du XVIe siècle [1976], trad. Monique Aymard, Paris, Flammarion, 2019.
  • GINZBURG, Carlo, Mythes, emblèmes, traces. Morphologie et histoire, [1986], trad. Monique Aymard, Christian Paoloni, Elsa Bonan et Martine Sancini-Vignet, Paris, Flammarion, 2010.
  • HIRSCH, Marianne, The Generation of Postmemory, New York, Columbia University Press, 2012.
  • NORA, Pierre (dir.), Les Lieux de mémoire [1984], Paris, Gallimard, coll. Quarto, 1997
  • RICOEUR, Paul, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Seuil, 2003.
  • ROBIN, Régine, La mémoire saturée, Paris, Stock, 2003.
  • TRAVERSO, Enzo, Le Passé, modes d’emploi, Paris, La Fabrique, 2005.