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[CEL] Colloque | Les révélations du mot-à-mot

Publié le 18 décembre 2019 Mis à jour le 23 décembre 2019

Le Centre d'Études Linguistiques (CEL, EA 1663) de la Faculté des Langues organise un colloque international intitulé « Les révélations du mot-à-mot », qui se tiendra à l'université Lyon 3 les 22-23 octobre 2020.

Colloque international
« Les révélations du mot-à-mot »

22 et 23 octobre 2020, Lyon

Théoriciens, traducteurs, écrivains et professeurs de langue désapprouvent le mot-à-mot, car il « massacre le sens » [Mounin, 1976 : 13-14]. Gaucherie et maladresse étrangère à la langue-cible, le mot-à-mot contredit ou interdit les ambitions esthétiques qui veulent rendre la beauté de l’œuvre, restituer son rythme et son « souffle ». Cependant, dans certaines circonstances, le mot-à-mot ou le ligne à ligne sont indispensables, exquis, précieux ou encore propices à la compréhension des faits de langue. Rappelons dans quelles conditions il peut s’avérer pertinent.
Premièrement, dans les traductions des textes patristiques, bibliques et liturgiques, le principe verbum pro verba peut constituer une démarche érigée en règle ; parmi les traductions de la Bible hébraïque en grec, assemblées par Origène, c’est le nom d’Aquila qui se rapporte au littéralisme sacrifiant la syntaxe et la grammaire grecques au nom de la lettre.
Deuxièmement, les emprunts et les calques suggèrent que les mots sont “interchangeables” [Bally, 1951 : 49] ; un calque est une « copie d’un mot imagé ou d’une structure étrangère » [Mounin, 1976 : 93].
Troisièmement, le ligne à ligne peut servir de version intermédiaire, tout à fait légitime, mise à la disposition du traducteur qu’il soit ou non l’auteur de ce « brouillon ». Nous souhaitons étudier tout particulièrement les cas où un poète traduit les vers d’une langue qu’il ne connaît.
Quatrièmement, plusieurs écrivains ont voulu rendre la dignité à la traduction littérale, à une prose libérée des entraves de la contrainte poétique. Chateaubriand : « …on en viendra peut-être à trouver que la fidélité, même quand la beauté lui manque, a son prix » [Chateaubriand, 1990 : 101, 111] ; Vl. Nabokov, lui aussi, réhabilitaient le mot-à-mot au nom du respect du sens ; sa traduction d’Eugène Onéguine en témoigne. Olga Sedakova défend le mot-à-mot dans la traduction poétique car c’est une mise à l’épreuve de l’audace du traducteur.
Le colloque sera consacré au ligne à ligne, souhaité ou, du moins, temporairement nécessaire, à la « symétrie » des langues et des textes, ainsi qu’à la littéralité et au sens littéral dans la langue, la littérature, le commentaire littéraire et les études linguistiques. Les sujets de réflexion se rapportent aux différents domaines des lettres slaves : prose et poésie, théorie et pratique de la traduction, Écritures, lexicologie, grammaire.

Des axes de réflexion possibles :
  • quel antagonisme oppose, dans la traduction, la « lettre » et l’« esprit », le sens et la « résonance » du texte ?
  • quel instinct analogique fait chercher « des correspondances infaillibles et immuables entre les mots de deux idiomes » [Bally, 1951 : 48], notamment chez les élèves débutants ?
  • comment les dictionnaires bilingues cautionnent-ils le parallélisme des langues ?
  • la terminologie spécialisée représente-elle ce cas idéal où le mot pour mot est recherché ?
  • quel lien unit la parole sacrée et le mot-à-mot (« ne pas reculer devant l’archaïsme et le néologisme pour calquer un terme ; ne pas reculer devant l’obscurité pour calquer l’ordre des mots » [Delcourt, 1925 : 136]) ?
  • quel rôle remplissent les calques en général et, plus spécialement, les calques dans les traductions liturgiques, philosophiques et scientifiques ?
  • comment conjuguer les fonctions utilitaires et littéraires des versions intermédiaires et des traductions-relais ;
  • quel rôle ont joué les versions intermédiaires et les textes-relais dans les traductions à partir des langues dites rares ?
  • que se passe-t-il avec la langue lorsqu’on passe d’une traduction « brute » et littérale à un texte littéraire à part entière ?
  • quels écrivains et traducteurs ont-ils relevé le défi du littéralisme dans les buts esthétiques ?


Le colloque se donne également pour objectif la valorisation des fonds slaves conservés à la Bibliothèque Diderot de Lyon. Ces collections de plus de 100 000 documents consacrés à la civilisation russe et slave sont un vivier riche de ressources pour l’étude des langues slaves. Elles sont le fruit d’un travail documentaire accompli par des érudits et des chercheurs depuis le milieu du XIXe siècle, exilés russes en Europe et en France en ce qui concerne les fondateurs de l’ancienne Bibliothèque slave de Meudon, ou encore spécialistes des langues slaves comme Cornelis van Schooneveld, qui maîtrisait la plupart des langues parlées de l’Europe centrale à la Russie, et Claude Kastler, auteur de grammaires russe, tchèque et polonaise. Ces fonds permettent de travailler avec des textes les plus variés en langues slaves. Conçus pour transmettre la singularité d’univers souvent mal connus des Occidentaux, ils témoignent aussi de l’importance de la traduction dans les « transferts culturels», et illustrent les chassés-croisés d’une langue à une autre, entre le russe et d’autres langues slaves ou d’autres langues occidentales : textes des Pères de l’Église traduits en russe, textes fondateurs de la littérature universelle dans leur version russe, œuvres de la pensée russe et de la spiritualité orthodoxe exprimées en d’autres langues. Assortie de nombreux ouvrages théoriques sur les linguistiques slaves et la théorie de la traduction, accompagnée par les dictionnaires bilingues, unilingues, terminologiques, cette documentation constitue un outil précieux pour les slavistes et les linguistes en général. La Bibliothèque Diderot de Lyon se propose, à l’occasion de ce colloque, de présenter un catalogue structuré de ces ressources bibliographiques.
 

Références


Bally Charles, Traité de stylistique française. Vol. 1. 1951, 3e éd., C. Klincksieck, 1951.
Chateaubriand F.-R., « Remarques », John Milton, Le Paradis perdu (1836), trad. F.-R. de Chateaubriand, P., Belin, 1990.
Сombes Ernest, Profils et types de la littérature russe. Paris, Fischbacher, 1896.
Dryden John, « The Preface concerning Ovid’s Epistels » (1680). In : The poetical works of John Dryden. Vol. V. London, W. Pickering, 1852.
Delcourt Marie, Étude sur les traductions des tragiques grecs et latins en France depuis la Renaissance. Bruxelles, M. Lamertin, 1925.
Mounin Georges, Linguistique et traduction. Bruxelles, Dessart et Magdaga, 1976.
Nabokov Vladimir, « Problems of translation: “Onegin” in English ». In : Lawrence Venuti, The Translation Studies Reader, New York, Routledge, 2000, p. 113-125.
Гаспаров М. Л., « Брюсов и буквализм », Поэтика перевода. Cост. С. Ф. Гончаренко. Москва, Радуга, 1988, с. 29-62.
Гаспаров М. Л., « Брюсов-переводчик. Брюсов и подстрочник », Избранные труды в 3-х томах. Т. 2. Москва, 1997, с. 130-140.
Гаспаров М. Л., « Подстрочник и мера точности », М. Гаспаров, О русской поэзии. Анализы. Интерпретации. Характеристики. Санкт-Петербург, Азбука, 2001, с. 361-372.
Гейм М., « О переводе дословном и вольном. Прагматический подход к теории перевода », Альманах переводчика. Сост. Н. М. Демурова, Л. И. Володарская Москва, 2001, с. 9-19.
Седакова Ольга, « Беседа о переводе стихов на русский язык и с русского ». Интервью Е. Калашниковой ». / Персональный сайт Ольги Седаковой, olgasedakova.com/interview
 

Comité scientifique :

  • Gayaneh Armaganian (ENS de Lyon, CERCC)
  • Anastasia Forquenot de La Fortelle (Université de Lausanne)
  • Natalia Gamalova (Université de Lyon 3, CEL)
  • Anne Maître (BDL Denis Diderot, Lyon)
 

Comité d’organisation :

  • Gayaneh Armaganian (ENS de Lyon, CERCC)
  • Natalia Gamalova (Université de Lyon, CEL)
  • Germain Ivanoff-Trinadtzaty (Université de Lyon, CEL)
  • Anne Maître (BDL Denis Diderot, Lyon)


Langues du colloque : français, russe
Langue de la publication : français, russe
Durée des communications : 25 minutes de communication, 10 minutes de discussion
Publication : les communications retenues par le comité éditorial à l’issue du colloque donneront lieu à une publication dans un numéro spécial des Modernités russes, la revue du CEL.
Date de réponse aux contributeurs : fin janvier 2020
Date de la communication des conditions d’accueil des participants : fin mars 2020
Renseignements : natalia.gamalova@univ-lyon3.fr
Contact :
Natalia GAMALOVA : natalia.gamalova@univ-lyon3.fr
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